Le R.A.M.A. - Le Réseau Aquitain des Musiques Amplifiées.

Trois questions à Philippe Coudert, Président de la Feppia et Félin, Vice Président de CD1D et Directeur de Vicious Circle

le 01/03/2010
Bonjour Philippe.


RAMA : Tu es Président de la Feppia, Vice Président de CD1D, Directeur de Vicious Circle et Président de la Félin (Fédération Nationale des Labels Indépendants). Comment gères-tu toutes ces casquettes ?


PC : Comme je peux, comme on peut devrais-je plutôt dire car je ne suis heureusement pas seul. Le bureau prend une part active au fonctionnement de la Fédération et Christel Chapin, sa coordinatrice, y travaille chaque jour que les Dieux du Rock'n'roll et de la musique expérimentale entre autres, font.


RAMA : Le bureau de la Feppia a été renouvelé fin 2010, peux-tu nous exposer ce que ça change pour l’association ?


PC : Fondamentalement rien. Nous sommes une fédération qui travaille dans la sérénité et ce renouvellement de Bureau qui voit l'arrivée de Bordeaux, Banzai Lab et ND Musique (en plus de Platinum et Vicious Circle) correspond à une envie de ces nouveaux de travailler au quotidien tandis que les partants (TerATerre, Talitres, Alba Musica, Cristal et Alba Musica), après deux ans d'efforts avaient envie d'y consacrer moins de temps tout en restant étroitement informés. C'est une bonne chose que de voir les envies évoluer et les énergies renouvelées. Les deux premières années de la Feppia ont été très denses entre la création elle-même de la Fédération, quasi première du genre en France (il y en a désormais 5 de plus), les premières rencontres professionnelles de décembre 2008 qui ont rencontrés un vif succès et un gros travail d'audit et de préparation d'un discours politique concernant nos structures dont l'activité est peu ou pas pris en comptes par les syndicats de producteurs actuels, trustés par les grandes compagnies du disque.


RAMA : CD1D est une plateforme d’écoute et de téléchargements payants de musique indépendante qui existe depuis quelques années.
Vous (Feppia) mettez en place la plateforme numérique 1DAquitaine.
Quelles ont été vos ambitions dans l’élaboration de ce projet ? Qui y participe ? Quand a lieu sa mise en ligne et quelles difficultés avez-vous rencontrées ?


PC : Nous sommes en phase de finalisation pour l'ouverture de cette plateforme, réalisée avec le concours de CD1D.
CD1D est un regroupement de quelques 150 labels qui, dès 2004, a eu l'envie de créer un outil pour les producteurs indépendants. Déjà se posaient les problèmes de distribution du disque physique et dans le même temps, l'emprise d'Itunes par exemple était importante. Avec des mutations toujours en cours, l'on sentait bien que les petits producteurs indépendants n'en seraient pas, à moins de prendre leur avenir en main. Développer seul sa plateforme reste un gros défi technologique. L'objectif est donc de fournir des services à moindre coûts à ces producteurs (la marge de la plateforme n'est que de 15%, contre 40 à 50% pour une diffusion "traditionnelle"). Notre objectif est de permettre à ces producteurs de vendre en ligne (beaucoup n'ont pas forcément ce service sur leur propre site) mais également d'exposer leurs productions à un public à qui nous voulons montrer qu'il existe dans cette région des productions de qualités, même si elles ne sont pas promotionnées par les grands médias.

Sur 1d-aquitaine.fr, l'amateur de musique pourra écouter et voir, découvrir et acheter, partager, discuter aussi au travers d'un forum.
(Plus d'infos sur les News du Rama).

RAMA : Le 20 et 21 mai prochain auront lieu les journées de la filière disque. Peux-tu nous exposer le programme de ces journées ? Quels sujets seront abordés ? A qui s’adressent-elles ?


PC : Ces rencontres s'adressent à tous ceux que la musique intéresse : artistes, salles de concerts, producteurs, médias, etc. Il est très important que chaque acteur apprenne à connaître le mode de fonctionnement de l'autre, et ses problématiques. Nous travaillons déjà avec le Rama à promotionner cette filière musiques actuelles qui, on le sait, n'est pas prise en compte à sa juste valeur (valeur artistique mais également en terme d'audience et d'économie).

Le disque n'est pas une compilation de morceaux de musique. C'est avant tout une œuvre artistique qui, pour beaucoup d'artistes, représente l'aboutissement d'un travail de composition, d'enregistrement et d'arrangements. On l'oublie trop souvent. Hors, alors que l'industrie du disque s'enfonce, que les ventes continuent de chuter, que le débat s'est enfermé, avec Hadopi, entre une bataille stérile entre majors que les indépendants n'intéressent pas, et internautes qui ne savent pas comment fonctionne le disque, c'est tout un pan de la création et de la diversité artistique, porté pour ce qui est de l'enregistrement de ces œuvres, par des structures de plus en plus fragiles et fort peu aidées par les pouvoirs publics (la région Aquitaine a été l'une des premières à créer un programme d'aide à la production) qui tend à disparaître.

Le programme des rencontres des 20 et 21 mai n'est encore pas arrêté mais comme en 2008 nous voulons des journées vivantes, basées sur la discussion, et l'interpellation. Nous parlerons de l'évolution de nos métiers (beaucoup de nos labels ont développés des activités annexes qui aident à financer leur activité de labels), de la nécessaire co-construction de politiques nouvelles en direction des musiques enregistrées ainsi que de sujets plus politiques puisque une demi-journée sera réservée à la fédération nationale des labels, Felin, où nous débattrons de la Carte Musique, de la Commission Zelnik et de tout autre sujets d'actualité.


RAMA : Quelle est l’avenir de la filière disque sachant que la majeure partie des producteurs indépendants ont du recomposer leurs activités ou l’élargir, acquérir de nouvelles compétences ?

PC : L'avenir est à l'indépendance plus que jamais, mais une indépendance reconnue d'utilité publique et non plus une indépendance moribonde où chacun travaillait seul dans son coin. L'avenir est à la mutualisation des moyens, au regroupement des forces et des idées pour justement montrer que nous sommes nombreux et actifs et qu'il n'existe pas dans ce pays que trois pauvres majors du disque et 6 gros indépendants. L'avenir est à la multiplicité des revenus et à la rencontre avec les publics. L'avenir dépend de notre envie de continuer à défendre des musiques de qualité que la starac ignore parce la musique est ce qui nous réunit, elle est notre passion.


RAMA : Tu es à l’initiative de la création de l’association FELIN. En quoi ça consiste ?

PC : A regrouper le maximum de labels indépendants pour faire entendre une autre voix que celle portée par les majors et les gros indépendants. Nous avons des idées, des propositions et de l'énergie mais nous ne sommes pas écoutés par le national. Et cela ne pourra évoluer que si nous sommes nombreux et c'est tout à fait possible. On estime entre 600 et 1000 le nombre de producteurs indépendants en France. Ils sont moins de 150 à être syndiqués. Les grosses structures décident pour nous mais force est de constater au travers de nos tentatives de dialogues que nous les intéressons peu...



RAMA : Un petit mot sur la Commission Zelnick ? (voir articles dans le site du RAMA).

Caramba encore raté ! Nous avons répondu au questionnaire de la Commission Zelnik (lire sur www.fede-felin.org), nous avons même été reçus mais nous n'avons pas été écoutés. La Carte Musique par exemple, ne profitera qu'aux majors du disque, c'est quasi une subvention déguisée. Il n'y a aucune contrainte imposée aux grandes plateformes, on ne demande aucune réforme à la Sacem, et on ne parle pas du disque physique (qui représente plus de 80% des ventes, encore en 2009), etc. C'est, encore une fois, le contribuable qui est sollicité, sans son accord. Des mesurettes !! Pensez donc que la Commission Zelnik recommande aux professionnels du livre de maîtriser le prix de vente du livre numérique alors que l'industrie du disque l'a perdu (le prix est imposé par les plateformes de téléchargement) et que rien n'est suggéré pour qu'elle en reprenne le contrôle. Une aberration parmi tant d'autres. Rien n'est fait pour revaloriser la musique auprès du public. Aujourd'hui, la musique n'a plus de valeur. La preuve : l'échec cuisant de l'offre payante de Deezer. Des solutions existent mais force est de constater qu'elles ne vont pas dans le sens d'une économie strictement libérale. Hors la musique n'est pas une marchandise comme les autres.


RAMA : Merci Philippe d'avoir pris le temps de répondre à nos questions.
Retrouvez les sites :

www.feppia.org
www.1d-aquitaine.com
www.cd1d.com
Ortéga Floriane

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